Le compostage est la façon la plus simple et la plus accessible de valoriser les déchets organiques. En reproduisant de façon accélérée ce que fait la nature dans le sol d’une forêt, il transforme épluchures, fumiers, résidus de récolte ou déchets de marché en un amendement stable, riche en humus, qui améliore durablement la fertilité des sols. Encore faut-il maîtriser quelques paramètres clés pour obtenir un produit sain et de qualité.
L’essentiel en bref
- Le compostage est une décomposition aérobie, c’est-à-dire en présence d’oxygène, réalisée par des micro-organismes.
- Un bon mélange vise un rapport carbone/azote (C/N) d’environ 25 à 30 et une humidité de 50 à 60 %.
- La phase chaude, à 55 °C ou plus, détruit la plupart des germes pathogènes et des graines d’adventices.
- Un compost mûr est sombre, friable, à odeur de terre et n’a plus d’élévation de température.
- Dans les sols sahéliens pauvres en matière organique, le compost améliore la rétention d’eau et l’efficacité des engrais.
Qu’est-ce que le compostage ?
Le compostage est un procédé biologique aérobie au cours duquel bactéries, champignons et petits organismes du sol décomposent la matière organique en présence d’oxygène. Le résultat est le compost, un produit stabilisé, comparable à un terreau, qui contient de la matière organique humifiée et des éléments nutritifs libérés progressivement.
À la différence d’un tas de déchets laissé à l’abandon, qui fermente sans air et dégage odeurs et méthane, un compostage bien conduit est un processus maîtrisé : on contrôle la composition du mélange, l’aération, l’humidité et la température.
Les quatre phases du compostage
1. La phase mésophile (démarrage)
Dans les premiers jours, des micro-organismes actifs à des températures modérées (environ 20 à 40 °C) attaquent les sucres et les protéines facilement dégradables. Leur activité intense fait monter rapidement la température du tas.
2. La phase thermophile (phase chaude)
Le tas dépasse 55 °C et peut approcher 65 à 70 °C au cœur. C’est la phase d’hygiénisation : la chaleur détruit la majorité des pathogènes et des graines de mauvaises herbes. Les recommandations de référence, comme celles appliquées aux États-Unis pour le compostage à la ferme, exigent au moins 3 jours consécutifs à 55 °C ou plus pour un compostage statique aéré, ou 15 jours à 55 °C ou plus avec au moins 5 retournements pour un compostage en andains.
3. La phase de refroidissement
Quand les matières faciles à dégrader sont épuisées, l’activité diminue et la température redescend. Les micro-organismes s’attaquent alors aux composés plus résistants comme la cellulose et la lignine.
4. La maturation
Pendant plusieurs semaines, la matière se stabilise et s’humifie. Les champignons et la petite faune du sol (vers, acariens) prennent le relais. Cette étape est indispensable : un compost immature peut bloquer l’azote du sol ou nuire aux jeunes plants.
Les paramètres clés d’un compost réussi
| Paramètre | Valeur recherchée | Ce qui se passe en dehors de cette plage |
|---|---|---|
| Rapport C/N du mélange | Environ 25 à 30 (plage acceptable 20 à 40) | Trop d’azote : odeurs d’ammoniac. Trop de carbone : décomposition très lente. |
| Humidité | 50 à 60 % | Trop sec : activité stoppée. Trop humide : manque d’air, odeurs, lixiviats. |
| Oxygène | Aération régulière (retournements ou aération forcée) | Fermentation anaérobie, odeurs et émissions de méthane. |
| Température en phase chaude | 55 °C ou plus pendant la durée requise | Hygiénisation insuffisante, risque sanitaire. |
| pH | Proche de la neutralité (environ 6,5 à 8,5) | Activité microbienne ralentie. |
Équilibrer le carbone et l’azote
On distingue deux grandes familles de matières :
- Les matières « vertes », riches en azote : déchets de cuisine et de marché, fumiers et fientes, tontes fraîches, résidus de légumes.
- Les matières « brunes », riches en carbone : pailles, feuilles sèches, tiges de mil ou de maïs, coques d’arachide, sciure non traitée, cartons non imprimés.
Un mélange équilibré associe généralement ces deux familles. Les déchets de cuisine, très humides et riches en azote, doivent être complétés par des matières sèches et structurantes pour éviter l’asphyxie du tas.
Astuce de terrain : le « test de la poignée » permet de vérifier l’humidité sans instrument. Pressez une poignée de matière : quelques gouttes doivent perler entre les doigts. Si l’eau coule, le tas est trop humide ; si la poignée s’effrite, il faut arroser.
Quelles méthodes choisir ?
Le compostage en tas ou en andains
C’est la méthode la plus répandue. Les matières sont disposées en longs tas (andains) d’environ 1 à 1,5 m de haut, retournés régulièrement à la fourche ou à l’engin. Elle convient aussi bien à une exploitation maraîchère qu’à une plateforme municipale.
Le compostage en fosse
Très utilisé en zone sahélienne, il consiste à composter dans des fosses peu profondes, ce qui limite le dessèchement par le vent et la chaleur. Il demande cependant de veiller à l’aération et au drainage en saison des pluies.
Le compostage en bacs ou en silos
Adapté aux hôtels, restaurants, écoles et cantines, il permet de traiter des volumes modestes de façon propre et contrôlée, à proximité du lieu de production.
Le lombricompostage
Des vers spécialisés transforment les déchets à température ambiante. Le lombricompost est de très bonne qualité, mais la méthode ne comporte pas de phase chaude et nécessite un suivi attentif de l’humidité et de la température.
Reconnaître un compost mûr et de qualité
Un compost prêt à l’emploi présente :
- une couleur brun foncé à noire et une texture fine et friable ;
- une odeur de terre de forêt, sans odeur d’ammoniac ni de pourriture ;
- une température qui ne remonte plus après retournement ;
- l’absence de matières d’origine reconnaissables, hormis quelques morceaux de bois ;
- l’absence d’indésirables (plastiques, verre, métaux), d’où l’importance du tri en amont.
Des tests simples, comme le test de germination de graines de cresson, permettent de vérifier l’absence d’effet toxique. Pour un usage commercial, des analyses en laboratoire (matière organique, azote, phosphore, potassium, métaux lourds, pathogènes) sont recommandées.
Pourquoi le compost est précieux pour les sols africains
Les sols sableux et ferrugineux d’une grande partie du Sahel sont pauvres en matière organique. Le compost :
- améliore la structure du sol et sa capacité à retenir l’eau, un atout majeur en climat semi-aride ;
- fournit des éléments nutritifs libérés progressivement ;
- nourrit la vie biologique du sol ;
- améliore l’efficacité des engrais minéraux lorsqu’ils sont utilisés en complément ;
- limite l’érosion et la dégradation des terres.
Pour les maraîchers des Niayes, les producteurs du bassin arachidier ou les projets d’agriculture urbaine, il représente une alternative locale et moins coûteuse à une partie des intrants importés.
Les erreurs les plus fréquentes
- Composter des déchets non triés contenant plastiques, piles ou verre.
- Négliger les matières sèches et obtenir un tas compact, humide et malodorant.
- Laisser le tas sécher au soleil et au vent sans arrosage.
- Utiliser le compost avant sa maturation complète.
- Introduire sans précaution des déchets de viande ou de poisson qui attirent les nuisibles dans les petits composteurs.
À retenir
- Le compostage est une dégradation aérobie maîtrisée : air, eau, équilibre carbone/azote et température en sont les clés.
- La phase chaude à 55 °C ou plus est indispensable pour hygiéniser le compost.
- Un compost mûr, propre et analysé est un produit valorisable, voire commercialisable.
- C’est une solution accessible pour les ménages, les exploitations, les hôtels et les collectivités.
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Références
- Iowa State University Extension and Outreach / North Central Regional Center. FSMA Compliant On-Farm Thermophilic Composting: A Safe Way to Enrich the Soil.
- Kaza, S. et al. (2018). What a Waste 2.0. Banque mondiale.
- Misra, R.V., Roy, R.N. et Hiraoka, H. (2003). On-farm composting methods. FAO, Land and Water Discussion Paper 2.

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