Chaque année, des millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail. Dans le même temps, la gestion des déchets, l’accès à l’énergie, l’adaptation au changement climatique et la protection des ressources en eau créent des besoins considérables en compétences. Les métiers verts se situent exactement à la rencontre de ces deux réalités. Ils ne concernent pas seulement des ingénieurs spécialisés : techniciens, entrepreneurs, agents de terrain, formateurs et artisans y ont toute leur place.
L’essentiel en bref
- L’OIT estime qu’une économie plus verte pourrait créer 24 millions d’emplois dans le monde d’ici 2030, en compensant largement 6 millions d’emplois perdus.
- Les énergies renouvelables employaient 16,2 millions de personnes dans le monde en 2023, mais seulement 324 000 en Afrique (IRENA et OIT).
- Gestion des déchets, compostage, biogaz, solaire, eau et assainissement, HSE et comptabilité carbone sont des domaines porteurs.
- Les compétences pratiques et la capacité à entreprendre comptent autant que les diplômes.
- Des formations courtes, certifiantes et orientées vers le terrain permettent de se positionner rapidement.
Qu’est-ce qu’un métier vert ?
On parle de métiers verts pour désigner les emplois qui contribuent directement à préserver ou à restaurer l’environnement : réduire les déchets et la pollution, économiser l’énergie et les ressources, produire des énergies renouvelables, protéger les écosystèmes ou aider la société à s’adapter au changement climatique. Le terme couvre aussi les métiers verdissants, des métiers existants (agriculteur, électricien, technicien de maintenance, acheteur) qui intègrent de nouvelles compétences environnementales.
Pour l’Organisation internationale du travail (OIT), un emploi vert doit aussi être un emploi décent : un travail sûr, correctement rémunéré et respectueux des droits des travailleurs.
Un potentiel réel, mais qui ne se concrétisera pas tout seul
Dans son rapport Emploi et questions sociales dans le monde 2018 : une économie verte et créatrice d’emplois, l’OIT estime que les mesures nécessaires pour limiter le réchauffement à 2 °C pourraient créer 24 millions d’emplois dans le monde d’ici 2030, tout en en supprimant environ 6 millions dans d’autres secteurs. L’économie circulaire, à travers le recyclage, la réparation, la location et le reconditionnement, représenterait à elle seule environ 6 millions d’emplois.
Le même rapport souligne toutefois que, sans politiques adaptées, l’Afrique pourrait connaître un léger recul net de l’emploi en raison de sa dépendance aux activités extractives. Autrement dit, les emplois verts du continent ne viendront pas spontanément : ils dépendent des investissements, des politiques publiques et, surtout, de la formation.
Le secteur des énergies renouvelables illustre ce décalage. Selon le rapport annuel 2024 de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) et de l’OIT, il employait 16,2 millions de personnes dans le monde en 2023, mais seulement 324 000 en Afrique, malgré un potentiel solaire exceptionnel. Les femmes ne représentaient que 32 % de ces emplois.
Les domaines qui recrutent et recruteront
| Domaine | Exemples de métiers | Compétences clés |
|---|---|---|
| Gestion et valorisation des déchets | Agent de tri, responsable de centre de tri, coordinateur de collecte, gestionnaire déchets en entreprise | Tri et caractérisation, traçabilité, réglementation, logistique |
| Compostage et agriculture durable | Opérateur ou responsable de plateforme de compostage, conseiller agricole, producteur de biofertilisants | Conduite du compostage, qualité du compost, agronomie |
| Biogaz et méthanisation | Technicien biodigesteur, maçon spécialisé, chargé de projet biogaz | Dimensionnement, construction, suivi biologique, sécurité gaz |
| Énergie solaire et efficacité énergétique | Installateur photovoltaïque, technicien de maintenance, auditeur énergétique | Électricité, dimensionnement, maintenance, sécurité |
| Eau et assainissement | Technicien de station de traitement, opérateur de vidange, chargé de projets eau | Procédés de traitement, analyses, exploitation |
| Hygiène, sécurité et environnement (HSE) | Animateur HSE, responsable QHSE, auditeur environnemental | Évaluation des risques, réglementation, systèmes de management ISO 14001 et ISO 45001 |
| Études et conseil environnemental | Chargé d’études d’impact, consultant PGES, expert carbone | Évaluation environnementale, consultation des parties prenantes, bilan carbone |
| Entrepreneuriat vert | Créateur d’entreprise de recyclage, de compost, de services énergétiques | Modèle économique, financement, gestion, marketing |
Les compétences qui font la différence
Des compétences techniques solides
Les employeurs recherchent avant tout des personnes capables d’agir sur le terrain : conduire un compost, dimensionner un petit système solaire, organiser le tri des déchets d’un site, réaliser un bilan carbone ou rédiger un plan de gestion environnementale et sociale.
Une bonne connaissance de la réglementation
Code de l’environnement, Code minier, normes de rejet, exigences des bailleurs internationaux : savoir ce qui est obligatoire est indispensable pour conseiller une entreprise ou une collectivité.
Des compétences transversales
Communication avec les communautés, travail en équipe, rédaction de rapports, maîtrise des outils numériques et de collecte de données, gestion de projet : ces savoir-faire sont décisifs pour évoluer.
L’esprit d’entreprise
Dans de nombreux pays africains, l’emploi vert passe aussi par la création d’activités : collecte et recyclage, vente de compost ou de biofertilisants, installation et maintenance solaire, services aux entreprises. Savoir construire un modèle économique et monter un dossier de financement est un atout majeur.
Conseil aux jeunes diplômés : combinez votre formation initiale (agronomie, chimie, génie civil, géographie, gestion…) avec une ou deux formations courtes et pratiques dans un domaine vert ciblé. Documentez vos réalisations : un stage dans un centre de compostage, un projet de tri dans votre université ou un bilan carbone d’une petite entreprise valent souvent plus qu’une longue liste de diplômes.
Comment se former ?
- Identifier un domaine qui correspond à votre profil et aux besoins de votre région : agriculture, mines, industrie, hôtellerie, collectivités.
- Choisir des formations orientées vers la pratique, avec études de cas et exercices concrets.
- Privilégier les formations certifiantes dont les critères de réussite sont clairs et qui délivrent un certificat vérifiable.
- Construire un réseau : associations professionnelles, événements, plateformes en ligne comme LinkedIn.
- Se former en continu, car les technologies et les réglementations évoluent rapidement.
À retenir
- Les métiers verts offrent un potentiel important pour les jeunes Africains, mais il dépend des investissements et de la formation.
- Déchets, compostage, biogaz, solaire, eau, HSE et conseil environnemental sont des domaines porteurs.
- Les compétences pratiques, réglementaires et entrepreneuriales sont les plus recherchées.
- Des formations courtes, certifiantes et concrètes permettent de se positionner rapidement.
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Références
- Organisation internationale du travail (2018). World Employment and Social Outlook 2018: Greening with jobs – communiqué.
- IRENA et OIT (2024). Renewable Energy and Jobs – Annual Review 2024.
