Sachets d’eau, gobelets de café Touba, bouteilles, emballages de produits alimentaires : les plastiques à usage unique font partie du quotidien au Sénégal. Une fois jetés, ils encombrent les rues, bouchent les caniveaux, s’accumulent sur les plages et finissent en mer ou brûlés à l’air libre. Le pays s’est doté d’une législation parmi les plus ambitieuses de la sous-région. Reste à transformer cette ambition en résultats, en développant la réduction à la source, la collecte et la valorisation.
L’essentiel en bref
- Dans le monde, la production de déchets plastiques a doublé en vingt ans ; seulement 9 % sont recyclés et 22 % sont mal gérés (OCDE, 2022).
- Au Sénégal, les plastiques représenteraient environ 9 à 10 % des déchets ménagers selon les études de caractérisation disponibles.
- La loi n° 2020-04 du 8 janvier 2020, entrée en vigueur le 20 avril 2020, interdit de nombreux plastiques à usage unique.
- Inondations, pollution marine, fumées toxiques et microplastiques sont les principales conséquences.
- Réduction, consigne, tri et recyclage local constituent les leviers d’action.
Un problème mondial aux impacts locaux
Selon le Global Plastics Outlook de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), publié en 2022, la quantité de déchets plastiques produite dans le monde a doublé entre 2000 et 2019, pour atteindre environ 353 millions de tonnes. Seulement 9 % ont été recyclés, et 22 % ont été mal gérés : abandonnés, brûlés à ciel ouvert ou rejetés dans l’environnement.
Les pays d’Afrique de l’Ouest importent l’essentiel de leurs résines et de leurs emballages, mais supportent une part importante des impacts de leur fin de vie, faute de systèmes de collecte et de recyclage suffisants.
Quelle place pour le plastique dans les déchets sénégalais ?
Les chiffres disponibles doivent être maniés avec prudence. Selon une étude nationale de caractérisation de 2016 citée par Africa Check et reprise par Greenpeace Afrique, les plastiques représentaient environ 9 % des déchets ménagers. L’ancienne Unité de coordination de la gestion des déchets solides (UCG, aujourd’hui remplacée par la SONAGED) estimait en 2019, selon Greenpeace Afrique, la production nationale de déchets à environ 4,1 millions de tonnes, dont environ 10 % de plastiques, soit plus de 400 000 tonnes. Légers et volumineux, les plastiques occupent toutefois une place visuelle et environnementale bien supérieure à leur poids.
Des conséquences multiples
Inondations et insalubrité
Les sachets et emballages bouchent les caniveaux et les canaux d’évacuation des eaux pluviales, ce qui aggrave les inondations en saison des pluies dans les quartiers de Dakar et des villes secondaires. Les eaux stagnantes favorisent les moustiques.
Pollution marine et pêche
Avec sa longue façade atlantique et une économie fortement liée à la pêche, le Sénégal est directement exposé. Les plastiques en mer s’enchevêtrent dans les filets, sont ingérés par les poissons, les tortues et les oiseaux, et se fragmentent en microplastiques.
Brûlage à l’air libre
Le brûlage des déchets plastiques, fréquent dans les dépôts sauvages et les décharges, libère des particules fines et des composés toxiques comme les dioxines et les furanes, dangereux pour la santé respiratoire.
Élevage et sols
Les animaux en divagation ingèrent des sachets, ce qui peut provoquer des occlusions mortelles. Dans les sols, les fragments de plastique persistent pendant des décennies.
Le cadre législatif sénégalais
Le Sénégal a adopté une première loi n° 2015-09 du 4 mai 2015 interdisant les sachets plastiques de faible épaisseur. Elle a été renforcée par la loi n° 2020-04 du 8 janvier 2020 relative à la prévention et à la réduction de l’incidence sur l’environnement des produits plastiques, entrée en vigueur le 20 avril 2020. Elle prévoit notamment :
- l’interdiction de produits plastiques à usage unique, comme les gobelets, couvercles et pipettes (pailles), ainsi que des sachets destinés à conditionner l’eau et les boissons ;
- l’interdiction des sacs plastiques de caisse ;
- la mise en place d’un système de consigne pour les bouteilles en plastique ;
- le principe de la responsabilité élargie du producteur ;
- l’interdiction d’importer des déchets plastiques.
En raison de la crise sanitaire liée à la Covid-19, certaines dispositions ont été assouplies dès 2020, notamment pour la production d’eau en sachet. Plusieurs analyses, dont celles de la Fondation Heinrich Böll et de Greenpeace Afrique, soulignent que l’application de la loi reste inégale et que des textes d’application et des solutions de remplacement accessibles sont nécessaires.
Les solutions : du geste individuel à la filière industrielle
1. Réduire à la source
C’est le levier le plus efficace : contenants réutilisables, fontaines à eau dans les entreprises et les écoles, achats en vrac, conception d’emballages plus sobres par les industriels.
2. Développer la consigne et le réemploi
La consigne, prévue par la loi, crée une incitation économique au retour des bouteilles. Elle fonctionne d’autant mieux qu’elle s’appuie sur les réseaux de distribution existants, boutiques de quartier comprises.
3. Trier et collecter
Un tri à la source, même simple (plastiques d’un côté, biodéchets de l’autre), améliore fortement la qualité des matières récupérées. Les récupérateurs, très présents dans les décharges et les quartiers, peuvent être intégrés dans des circuits de collecte formalisés et mieux rémunérés.
4. Recycler localement
| Type de plastique | Exemples d’objets | Possibilités de valorisation |
|---|---|---|
| PET (polyéthylène téréphtalate) | Bouteilles d’eau et de boissons | Paillettes et fibres, recyclage en nouvelles bouteilles dans des filières qualifiées |
| PEHD (polyéthylène haute densité) | Bidons, flacons, bouchons | Granulés pour tuyaux, seaux, mobilier |
| PEBD (polyéthylène basse densité) | Sachets, films | Granulés, pavés et matériaux composites |
| PP (polypropylène) | Pots, couvercles, sacs tissés | Granulés pour injection d’objets durables |
Le recyclage mécanique suit généralement les étapes suivantes : tri par résine et par couleur, broyage, lavage, séchage, puis extrusion en granulés revendus à la plasturgie. Les plastiques difficiles à recycler peuvent être transformés en pavés ou matériaux de construction, sous réserve de démontrer leurs performances et l’absence de risques, ou en combustibles de substitution dans des installations disposant d’un traitement des fumées adapté.
5. Sensibiliser et former
Les campagnes de sensibilisation, les opérations de nettoyage des plages et l’éducation à l’environnement dans les écoles contribuent à changer les comportements. La formation des entrepreneurs et des techniciens est indispensable pour professionnaliser la filière.
Pour les entreprises : réaliser un audit de ses emballages et de ses déchets plastiques permet souvent d’identifier des économies (réduction des achats, revente des matières triées) et d’anticiper les obligations liées à la responsabilité élargie du producteur.
À retenir
- La pollution plastique aggrave les inondations, menace la pêche et la santé, et dégrade le cadre de vie.
- Le Sénégal dispose d’un cadre législatif ambitieux, dont l’application reste à renforcer.
- La réduction à la source et la consigne sont les leviers les plus efficaces.
- Tri, collecte organisée et recyclage local peuvent créer de la valeur et des emplois.
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Références
- OCDE (2022). Global Plastics Outlook. Voir aussi Circular Online : 9 % des déchets plastiques recyclés, 22 % mal gérés.
- Greenpeace Afrique (2020). Interdiction des sachets plastiques au Sénégal : une loi à l’épreuve de ses limites.
- Au Sénégal (2020). Interdiction des plastiques : la loi entre en vigueur, mais est assouplie.
- Fondation Heinrich Böll Sénégal (2021). Étude sur la loi plastique.
