La gestion des déchets dans les exploitations minières : enjeux et bonnes pratiques

Une mine ne produit pas seulement de l’or, du phosphate ou du zircon. Elle génère aussi des volumes considérables de déchets, des millions de tonnes de roches et de résidus de traitement jusqu’aux huiles usagées des engins, aux pneus, aux batteries et aux déchets alimentaires des bases-vie. Mal gérés, ces déchets exposent l’exploitant à des pollutions durables, à des accidents, à des sanctions et à la défiance des communautés. Bien gérés, ils deviennent un indicateur de performance et une source d’économies.

L’essentiel en bref

  • Un site minier produit deux grandes familles de déchets : les déchets d’extraction (stériles et résidus) et les déchets d’exploitation (banals, dangereux, organiques).
  • Le drainage minier acide et les ruptures de digues à résidus sont les risques environnementaux majeurs.
  • Depuis 2020, le Standard mondial sur la gestion des résidus miniers (GISTM) fixe une référence internationale exigeante.
  • Au Sénégal, le Code minier (2016) et le Code de l’environnement (2023) encadrent les obligations des exploitants.
  • Tri à la source, traçabilité par bordereau et filières agréées sont les piliers d’une gestion conforme.

Deux grandes familles de déchets sur un site minier

Les déchets d’extraction et de traitement

  • Les stériles : roches excavées pour accéder au minerai mais trop pauvres pour être traitées. Ils représentent souvent les plus gros volumes et sont stockés en verses.
  • Les résidus de traitement : matériaux fins issus du broyage et de l’extraction du minerai, généralement transportés sous forme de pulpe et stockés dans des parcs à résidus fermés par des digues. Selon le procédé, ils peuvent contenir des réactifs résiduels.
  • Les eaux d’exhaure et de procédé : eaux pompées dans les fosses ou utilisées dans l’usine, qui doivent être gérées et, si nécessaire, traitées avant tout rejet.

Les déchets d’exploitation

Ce sont les déchets « classiques » d’un grand site industriel isolé, souvent comparable à une petite ville :

  • Déchets dangereux : huiles usagées, filtres, graisses, batteries, solvants, emballages de produits chimiques, chiffons souillés, sols contaminés par des hydrocarbures, déchets d’activités de soins de l’infirmerie.
  • Déchets banals : ferrailles, pneus, bois, cartons, plastiques, équipements hors d’usage.
  • Déchets organiques : restes alimentaires des cantines et des bases-vie, déchets verts.
  • Eaux usées et boues : sanitaires des bases-vie, eaux huileuses des ateliers et des aires de lavage.

Les risques environnementaux majeurs

Le drainage minier acide

Lorsque des roches contenant des sulfures (comme la pyrite) sont exposées à l’air et à l’eau, elles s’oxydent et produisent une eau acide qui dissout les métaux. Ce drainage minier acide peut contaminer durablement les cours d’eau et les nappes, parfois bien après la fermeture de la mine. Sa prévention passe par la caractérisation géochimique des stériles et des résidus dès les études, par le confinement des matériaux potentiellement générateurs d’acide et par la gestion des eaux de contact.

La stabilité des parcs à résidus

La rupture d’une digue à résidus peut avoir des conséquences humaines et environnementales catastrophiques. La rupture de Brumadinho, au Brésil, le 25 janvier 2019, a coûté la vie à 270 personnes. Elle a conduit le Conseil international des mines et métaux (ICMM), le PNUE et les Principes pour l’investissement responsable (PRI) à publier en août 2020 le Standard mondial sur la gestion des résidus miniers (GISTM), qui renforce les exigences de conception, de surveillance, de gouvernance et de transparence.

Les hydrocarbures et les produits chimiques

Fuites d’engins, ravitaillements, stockages de carburant et ateliers de maintenance sont des sources fréquentes de pollution des sols. Sur les sites aurifères, l’usage de réactifs comme le cyanure impose des procédures strictes de stockage, de manipulation et de traitement.

Les déchets mal gérés des bases-vie

Brûlage à l’air libre, fosses à déchets non aménagées, déchets alimentaires qui attirent la faune sauvage : ces pratiques, encore observées sur des sites isolés, génèrent pollution de l’air, risques sanitaires et conflits avec les riverains.

Le cadre réglementaire au Sénégal

Les exploitants miniers au Sénégal doivent notamment respecter :

  • le Code minier (loi n° 2016-32 du 8 novembre 2016), qui encadre les titres miniers, les obligations environnementales et la réhabilitation des sites ;
  • le Code de l’environnement (loi n° 2023-15 du 2 août 2023), qui fixe le cadre de l’évaluation environnementale, de la gestion des déchets, notamment dangereux, et des rejets ;
  • les engagements pris dans l’étude d’impact environnemental et social et le plan de gestion environnementale et sociale (PGES) du projet ;
  • les normes de rejet applicables aux eaux usées et les conventions internationales ratifiées, comme la Convention de Bâle sur les mouvements transfrontières de déchets dangereux.

Les grands groupes appliquent en outre les standards de leurs bailleurs et assureurs, comme les normes de performance de la Société financière internationale (IFC).

Les bonnes pratiques : bâtir un système intégré

1. Connaître ses déchets

Tout commence par un inventaire des flux : nature, quantités, lieux de production, classification (dangereux ou non), filières existantes. Cet inventaire alimente le plan de gestion des déchets du site.

2. Appliquer la hiérarchie des déchets

Réduire à la source (achats en vrac, fûts consignés, maintenance préventive), réemployer (palettes, contenants), recycler (ferrailles, huiles régénérées, plastiques), valoriser (compostage des déchets de cantine, valorisation énergétique encadrée), et n’éliminer qu’en dernier recours dans des installations autorisées.

3. Trier à la source avec un code couleur

Des bacs identifiés par couleur et par pictogramme, placés à chaque point de production (ateliers, cantine, bureaux, laboratoire), et des sensibilisations régulières des équipes et des sous-traitants.

4. Aménager des zones de stockage conformes

Une aire de regroupement des déchets dangereux couverte, sur dalle étanche avec rétention, séparant les produits incompatibles, avec extincteurs, kits antipollution et signalisation.

5. Assurer la traçabilité

Chaque enlèvement de déchets dangereux doit être accompagné d’un bordereau de suivi des déchets (BSD) et, à l’élimination, d’un certificat de traitement ou de destruction délivré par une filière autorisée. Un registre des déchets consolide les quantités produites, stockées et évacuées.

6. Valoriser les déchets organiques et les eaux

Les déchets alimentaires des bases-vie peuvent être compostés ou méthanisés sur site, ce qui réduit le brûlage et produit un amendement utile à la revégétalisation. Les eaux usées sanitaires et les eaux huileuses peuvent être traitées par des solutions adaptées aux sites isolés, comme les séparateurs d’hydrocarbures et les filières de traitement écologiques.

7. Préparer la fermeture dès l’ouverture

La réhabilitation progressive des verses, la conservation de la terre végétale, la revégétalisation avec des espèces locales et le suivi post-fermeture doivent être planifiés et budgétés dès le début de l’exploitation.

Indicateur de performancePourquoi le suivre
Quantité de déchets par type et par moisPiloter la réduction et anticiper les enlèvements
Taux de valorisation (recyclage, compostage, régénération)Mesurer les progrès vers l’économie circulaire
Part des déchets dangereux tracés par BSDDémontrer la conformité réglementaire
Nombre de non-conformités relevées en auditCibler la formation et les actions correctives
Qualité des eaux rejetéesPrévenir les pollutions et les conflits avec les riverains
Tableau 1 – Exemples d’indicateurs pour piloter la gestion des déchets d’un site minier.

Point de vigilance : sur un site minier, la majorité des écarts constatés en audit concernent moins la technologie que l’organisation : bacs mal identifiés, sous-traitants non formés, absence de registre ou de bordereaux. Un responsable déchets clairement désigné et des contrôles réguliers font la différence.

À retenir

  • Les déchets miniers vont des stériles et résidus aux huiles usagées et déchets de cantine : tous doivent être inventoriés.
  • Drainage acide, stabilité des digues et hydrocarbures sont les risques majeurs à maîtriser.
  • Code minier, Code de l’environnement, PGES et standards internationaux comme le GISTM fixent le cadre.
  • Tri à la source, aires de stockage conformes, traçabilité et valorisation sont les piliers d’une gestion performante.

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Références

  1. ICMM, PNUE et PRI (2020). Global Industry Standard on Tailings Management. Voir aussi ICMM : GISTM, un nouveau référentiel mondial.
  2. République du Sénégal. Loi n° 2016-32 du 8 novembre 2016 portant Code minier.
  3. République du Sénégal. Loi n° 2023-15 du 2 août 2023 portant Code de l’environnement.
  4. US EPA. Abandoned Mine Drainage.
  5. Société financière internationale. Normes de performance en matière de durabilité environnementale et sociale.

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